W comme Wagons de restitution des Morts pour la France

Que deviennent les corps des soldats tués au combat lors d'importantes batailles ?

Qu'ils tombent sur le sol de leur patrie ou sur une terre étrangère, il est fréquent qu'ils soient enterrés dans l'urgence, modeste tombe isolée ou sépulture collective. C’est le cas pour les morts de la guerre de 1870. Au début du siècle, et plus particulièrement au cours de la guerre de 14-18, on cherche, sinon à donner une sépulture individuelle, au moins à identifier la tombe. Très vite des familles affichent leur volonté de récupérer le corps du fils ou de l'époux mort au combat.

Le 19 novembre 1914, le Général Joffre informe les autorités militaires, dans une circulaire, " qu'aucune autorisation d'exhumation et de transport de corps de militaires tués à l'ennemi ne pourrait être accordée ".

Avec la fin des hostilités, les familles s'attendent à un assouplissement de ces contraintes. La Préfecture de la Dordogne reçoit le 4 août 1919 une " Instruction provisoire sur les exhumations et les transports de corps de militaires " signée de Georges Clemenceau. Elle confirme l’interdiction d’exhumation et donc de ré-inhumation de corps de militaires.

Des particuliers, des associations font pression sur leurs élus pour obtenir le droit de voir le retour des corps des soldats décédés. En 1920, enfin, les démarches aboutissent.

La loi des Finances du 31 juillet 1920 proclame le droit des veuves, ascendants et descendants des militaires ou marins (…) à obtenir sur leur demande le transfert aux frais de l'Etat des corps de leurs parents " Morts pour la France".

Tombe du caporal Cassier à Baneuil (24)

Cette sépulture à l'abandon a été restaurée par la municipalité et le Souvenir Français

24ème convoi du 3 mars 1922


Commence alors un macabre périple. La dépouille est exhumée et déposée dans un cercueil qui transite vers une gare régulatrice. Il y en a quatre :

Brienne-le-Château (Aube) et Creil (Oise) pour la zone des Armées,

Sarrebourg pour les soldats morts en Allemagne

Marseille pour l’armée d’Orient et d'Italie.

Les wagons sont ensuite dirigés vers une gare régionale puis jusqu'à une gare départementale.

Le retour des 1877 périgourdins " Morts pour la France "

Soixante-huit convois parviennent en gare de Périgueux du 16 mars 1921 au 26 août 1926 : 17 en 1921, 29 en 1922, 13 en 1923 et, avec la réorganisation des chemins de fer allemands et le retour des soldats morts en captivité, 9 en 1926. En six ans, 1877 cercueils reviennent en Dordogne.

Malgré quelques lacunes, les archives concernant les convois permettent de déterminer des tendances. Sur les soixante-huit trains répertoriés, cinquante-neuf provenances sont clairement identifiées, pour un total de 1608 cercueils. 54 % (865 cercueils) proviennent de Bierne-Le-Château ; 37 % (604 cercueils) de Creil ; 6 % (92 cercueils) de Marseille, donc d'Italie et de l'Armée d'Orient ; 3 % (47 cercueils) contiennent les restes de soldats morts en captivité en Allemagne.

Les convois arrivent donc en pleine nuit en gare de Périgueux. Les cercueils sont alors déchargés et menés dans un dépositoire mortuaire où ils sont regroupés par commune. Une garde d’honneur composée de soldats ou de gendarmes les veille.

Pour la majorité des familles, la dernière partie du trajet par voie ferrée commence alors, de la gare de Périgueux vers celle d'arrivée. Lorsque la commune se trouve sur un axe direct au départ du chef-lieu du département, l'affaire paraît simple. En revanche, il peut y avoir un transfert en cours de trajet, dans le cas du réseau des voies transversales. Ainsi le train de Périgueux entrant en gare de Bergerac, s'il veut emprunter, par exemple, la voie Bergerac/Le Buisson doit mettre en place une logistique élaborée pour permettre aux familles voisines de la gare comme à celles qui en sont éloignées de prendre possession de leur soldats.

La maîtrise des opérations appartient ensuite aux municipalités, comme l'a défini, le 25 février 1921, une note du Ministère des pensions : " le transfert des corps entre les gares de dernière destination et les cimetières communaux est effectué par les soins des administrations municipales pour le compte de l'Etat et suivant un tarif forfaitaire arrêté sur les propositions des Préfets ".

Bergerac (cimetière  Beauferrier), tombes de soldats restitués.

L'identité de quatre des douze soldats est tombée dans l'oubli.

Environ 10% des soldats Morts pour la France ont retrouvé leur famille et leur commune. Des voix se sont élevées pour critiquer ceux qui ont ramené le corps des soldats. Le prétexte est que certaines tombes, faute d'héritier, sont aujourd'hui abandonnées. L'"égoïsme " des proches aurait donc soustrait le soldat à la reconnaissance éternelle que lui voue l'Etat dans les nécropoles nationales, aurait arraché le défunt à la fraternité qui l'unissait dans la mort à ses camarades de combat ?…

La loi protège, où qu'elles soient, les tombes des militaires Morts pour la France. En cas de reprises de tombes ou de concessions, quelle que soit la taille du cimetière, la municipalité est tenue d'assurer la pérennité de la sépulture elle-même ou de concéder un emplacement particulier aux restes. Elle peut, comme l'a prévu le législateur s'appuyer sur " Le Souvenir Français ".

 

La liste complète des 1877 Périgourdins se trouve sur le site www.carremilitaire.fr

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