V comme Vingt deuxième de Marche, Les Mobiles de la Dordogne

Le règne de Napoléon III voit l'armée française se couvrir de gloire : Magenta, Solférino, la campagne de Crimée...

Cependant, les généraux français surestiment les capacités offensives de leurs troupes. Lorsque le 19 juillet 1870 Napoléon déclare la guerre à la Prusse, un excès de confiance plus que l'infériorité numérique va précipiter l'armée française dans la déroute. Ce conflit s’ouvre avec une succession de défaites dont le désastre de Sedan, l'abdication de l’Empereur et la reddition de Metz. La France, sans défense face à une armée prussienne forte de 700 000 hommes doit lever à la hâte des troupes pour la défense de Paris.

Le gouvernement décrète la convocation de la Garde Nationale Mobile. Héritière de l'ancienne Garde Nationale, cette milice a pour mission la défense du territoire en cas d'invasion. Mais une inorganisation chronique paralyse la constitution de ces régiments : officiers inexpérimentés, matériel insuffisant, armement dépassé.

La Garde Nationale Mobile est formée d'hommes qui ont échappé, pour de multiples raisons à la conscription (tirage au sort favorable, soutien de famille). La durée du service militaire est alors de 7 ans, et certains sont prêts à payer un remplaçant pour accomplir à leur place les obligations militaires.

Les bataillons sont rapidement formés, mais l'ardeur patriotique ne peut remplacer une sérieuse instruction militaire qui fait défaut dans l'urgence d'une situation désespérée.

Monument des Mobiles de Bergerac


En Dordogne, trois bataillons se regroupent pour constituer le régiment des Mobiles appelé aussi 22ème de Marche.

Le premier bataillon est composé par les contingents fournis par l'arrondissement de Sarlat et les cantons de Bergerac, Issigeac, Lalinde, Sainte-Alvère, Beaumont et Monpazier, avec à sa tête le commandant de Chadois. Le deuxième bataillon comprend les jeunes gens d'Eymet, Sigoulès, Vélines, Villefranche-de-Lonchat, Villamblard, ceux de l'arrondissement de Ribérac et une partie de celui de Nontron. Il est commandé par le commandant de Nattes. Le troisième, est constitué par le reste du Nontronnais et les jeunes de l'arrondissement de Périgueux. Il est sous les ordres du commandant Marty. Le lieutenant-colonel Desmaison commande l'ensemble des troupes.

Chaque bataillon est composé de 8 compagnies fortes d'environ 255 hommes chacune.

En conformité avec le décret du 28 août 1870, le groupement de ces trois bataillons forme le régiment des Mobiles de la Dordogne : le 22ème de Marche.

Monument aux Morts de Monpazier (24)

érigé par la section locale du Souvenir Français

Le 26 septembre au matin, les trois bataillons quittent Périgueux. Arrivés à Tours, ils sont armés du fusils "Chassepot".

Face aux Prussiens qui viennent d'occuper Orléans, l'armée de la Loire commandée par le Général Aurelles de Paladine oppose le 15ème et le 16ème corps d'armée dont fait partie le régiment des Mobiles de la Dordogne.

 

Le 9 novembre, les Mobiles se mettent en marche. Le Général Chanzy dirige les opérations. C'est tout le 15ème corps d'armée qui est en mouvement. Une position retranchée prussienne est attaquée. Les Mobiles de la Dordogne se portent en première ligne. Ils sont alors sous les ordres du Général Barry. La bataille de Coulmiers vient de commencer.

C'est une victoire totale. Elle reste dans les mémoires car elle est pratiquement la seule à porter au crédit de l'armée française. De nouveaux affrontement se succèdent, les pertes sont lourdes côté français. L'armée de la Loire commence alors une longue retraite. Les bataillons des Mobiles se replient pied à pied.

 

Le 29 janvier 1871, un nouveau bataillon de Mobiles rassemblé à Périgueux part pour le front. Le célèbre acteur Mounet-Sully en est le porte-drapeau. Ces soldats n'ont pas l'occasion de combattre, car Paris a capitulé la veille et l'armistice est signé.

 

Le 22ème de Marche rentre en Dordogne à la fin mars 1871. Les rangs clairsemés des compagnies indiquent clairement que les pertes ont été lourdes. Chaque bataillon se compose d'à peine 40 hommes.

 

L'épopée des Mobiles de la Dordogne à Coulmiers marque à jamais la mémoire des Périgordins. Les monuments aux morts de Périgueux, Bergerac et Nontron sont spécialement construits pour leur rendre hommage.

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