L comme Lakanal. Les fusils de Bergerac pour la Révolution

Joseph Lakanal (1762-1845), délégué de la Convention Nationale, est envoyé en mission en Dordogne d’octobre 1793 à juillet 1793, c'est-à-dire sous la Terreur. Daton lui donne pour consigne : " Tape dur ! "

Cet ancien prêtre qui veut " déchristianiser la Dordogne" est surtout connu pour les destructions des châteaux de Sainte-Alvère ou de Laforce. Il s’établit à Bergerac où il lève des impôts et fait emprisonner, en dix mois, une soixantaine de suspects.

Un des aspects les moins connus de sa mission est l’implantation d’une manufacture de fusils sur les bords du Caudeau, un affluent de la Dordogne.

Lakanal propose la création d'une usine qu’il décide de baptiser " Bellarme ". Il choisit le lieu-dit " La Vedelle ", là où se trouvait une ancienne manufacture de cuivre. " Des fusils ! Des fusils ! Voilà le cri inextinguible de la France en Révolution " s’exclame-t-il... Il mène, par ailleurs, deux autres projets : une usine pour fabriquer des baïonnettes et l’exploitation de salpêtrières, essentielles à la fabrication de la poudre à canon.

Le 14 novembre 1793 la Convention le charge de ces réalisations. Il procède à une levée de fonds de 50.000 livres " sur les riches égoïstes ou sans entrailles pour la patrie ". Des ouvriers de tous corps de métiers sont recrutés : orfèvres, arquebusiers, serruriers, maîtres canonniers, monteurs d'armes ou forgeurs de baïonnettes. Les matériaux de construction sont réquisitionnés tout comme les machines.

Moins de six mois après le lancement du projet, il écrit à la Convention : " Je vous envoie les 100 premiers fusils confectionnés ".

Lakanal rentre à Paris en 1794, mais la manufacture ne survit pas à son départ. La paix est revenue avec l'Espagne et la Prusse et le Directoire éprouve de graves difficultés budgétaires. L'usine est liquidée en 1797, son matériel est vendu aux enchères et les bâtiments, abandonnés, sont démolis.


En 2006, une demande de renseignement est adressée à la Mairie de Bergerac. Un fusil de guerre portant sur sa platine l'inscription " M (anufactu)re N (ationa)le de Bergerac " vient d’être découvert et son propriétaire demande des éclaircissements. Yan Laborie,  Assistant de conservation du patrimoine de la ville, entreprend des recherches et incite le Conseil municipal à acquérir cette pièce rare. Elle est actuellement exposée au Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine du Bergeracois, Musée du Vin et de la Batellerie. © Studio plume

Référence : ABC de Riviere espérance

Biblio : Henri Labroue, La mission du Conventionnel Lakanal dans la Dordogne, 1916.

André Beaunier, Un Conventionnel en mission (Revue des Deux Mondes, tome 36, 1916 (pp. 205-216).Bulletin Municipal " Bergerac Infos " n° 47 décembre 2006

Écrire commentaire

Commentaires : 0