H comme Héros ou Martyrs ? Les Morts pour la France

La mythologie antique a glorifié les héros, ces personnages légendaires. Homère, dans l’Iliade, évoque Achille, mort à la Guerre de Troie. L’occident médiéval s’empare de l’image du héros. La légende domine parfois comme pour Siegfried le germanique ou pour le roi celte Arthur. D’autres héros ont une authentique existence historique comme le Cid († 1099) en Espagne, le preux Roland († 778) et bien sûr Jeanne d’Arc († 1431), en France. Dans ces trois derniers cas, l’accomplissement de leur destin trouve son paroxysme dans la mort.

Burgos. Le Cid Campeador

(©phalangesaintmartialblog)

Paris. Jeanne d’Arc

(©thiebautfreres)


Le terme de martyr (" témoin " en grec) a une connotation religieuse, liée aux persécutions des premiers chrétiens dans l’Empire romain du IIème siècle. Le supplicié ne cherche pas la mort mais l’accepte comme Blandine à Lyon († 177) ou l’espagnol Laurent à Rome († 258).

Sainte Blandine

jetée aux fauves à Lyon.

(©assum.over-blog)

Saint Laurent

portant l’instrument de son supplice.

(©langrolay-sur-rance.com)


Par la suite, le terme de héros est accolé à des chefs de guerre morts au service de la couronne comme le chevalier Bayard, en Italie († 1524) ou le maréchal Turenne († 1675). Celui de martyr est plus collectif et fréquemment lié à la foi, du bûcher de Montségur (1244) aux massacrés de la Saint-Barthélemy (1572) ou aux chouans de Vendée (1793-94).

 

La Révolution mêle les deux notions avec le sacrifice du jeune Bara († 1793) à qui elle donne le calificatif de " héros et martyr ". Il y a désormais confusion entre le héros qui choisit sa mort et le martyr qui la subit. Hors d’Europe, comment qualifier, pour le seul XXème siècle, les victimes civiles arméniennes (1914-1915) ou celles du massacre de Nankin (1937) ?

En France, les deux termes sont employés indistinctement pour qualifier les soldats morts au combat jusqu’à ce que la loi (rétroactive) du 2 juillet 1915 accorde le titre de Mort pour la France aux combattants morts au champ d’honneur, ainsi que le droit à une sépulture individuelle.

Même si cette notion a perduré au cours des conflits suivants, les auteurs relèvent des contradictions.

Levant, 1941. Soldats de Vichy montant au combat contre des FFL gaullistes.

(©egalitéetreconciliation)

Les quelques 330 FFL et les 1000 soldats de Vichy qui se sont entre-tués dans un fratricide face à face lors des opérations en Syrie (1941) ont-ils droit, chacun, à la mention Mort pour la France ?

Et dans ce cas, chaque commune est-elle prête à accueillir leurs noms sur son monument aux Morts?

Et que dire des populations civiles du Havre ou de Caen écrasées sous les bombes alliés en 1944 ? Héros ou martyrs?


Plus récemment, la qualification de martyr ou de héros a fait débat autour de la mort de citoyens français comme lors de la décapitation des moines trappistes de Tibhirine (mai 1996), de l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo (7 janvier 2015), des attentats de Paris (13 novembre 2015) ou de l’égorgement du père Hamel (26 juillet 2016).

 

La Médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme a été créée le 12 juillet 2016, par décret du président de la République. Elle honore ceux qui ont été tués, blessés ou séquestrés en des occasions dramatiques et  témoigne de l’hommage de la Nation aux victimes du terrorisme .

C’est une décoration particulière, qui n’a pas vocation, contrairement à la Légion d’honneur ou à l’ordre national du Mérite, à récompenser les services rendus à la nation mais à rendre hommage aux victimes.

Selon la FNAM (26 juin 2017), l’ONAC-VG, qui différencie clairement trois types de mentions, a instruit l’année dernière 371 dossiers de " Morts pour la France ", 4 dossiers de " Morts au service de la Nation", et 1 533 dossiers de " Morts en déportation ".

 

 

 

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