D comme Devoir de mémoire - Douaumont

Le souvenir d’un soldat mort au front repose avant tout sur sa famille et de son entourage, voir ses camarades. Les plus grands chefs de guerre ont été honorés par des chapelles, statues ou monuments. Les soldats n’avaient droit qu’à l’anonymat d’une fosse commune, bien souvent partagée avec leurs adversaires.

 

La guerre de 1870 marque un tournant : des sociétés d’anciens Combattants, se fédèrent, créent leurs propres médailles, se regroupent en comités. Une expression surgit : " à nous le souvenir, à eux l’immortalité ".

 

La Grande guerre voit ce phénomène s’intensifier avec le droit, pour le soldat mort, à une sépulture individuelle, la possibilité pour les familles de se faire restituer les corps et, bien sûr, les monuments aux Morts.

Parallèlement à ces actes individuels apparaissent des cérémonies collectives.

La première commémoration officielle, le jour de la Fête nationale, est promulguée le 8 juin 1880. Le 10 juillet 1920, députés et sénateurs adoptent la fête du patriotisme et de Jeanne d’Arc et, deux ans plus tard, le 24 octobre 1922, la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918…

 

Depuis la liste s’allonge de façon exponentielle sous prétexte de devoir de mémoire.

Cette terminologie " le devoir permanent de mémoire " trouve son origine en 1986, dans l’intervention de Serge Barcellini, Directeur de la Commission à l’information historique au Ministère des Anciens Combattants, qui anime alors un colloque.

 

En novembre 2008, l’historien André Kaspi remet à M. J-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants son " Rapport de la commission de réflexion sur la modernisation des commémorations publiques " Il remarque que la France a décrété 6 commémorations nationales entre 1880 et 1999 et 6 autres entre 1999 et 2006.

Le 18 juillet 2015, Michel Bosselut présente le rapport du groupe qui a enquêté sur les cérémonies en Bergeracois : " Entre les commémorations nationales et locales, nous approchons la trentaine de cérémonies par an, soit plus d’une tous les quinze jours " et de conclure, amer, " notre message est en partie illisible ".

 

Cette analyse se vérifie sur le terrain où les maires ont du mal à regrouper leurs administrés autour des monuments aux Morts, donnant ainsi le spectacle pitoyable d’une assemblée plus que clairsemée. Cette lente érosion se poursuit depuis une trentaine d’années. Le corollaire est que les autorités se contentent désormais de pavoiser les bâtiments publics pour ne pas courir le risque de présider une manifestation sans public.

 

Faut-il voir là un désamour des français pour les commémorations patriotiques ? Une cérémonie se doit  d’envoyer un message clair. Télescopage, redondance, les participants ne savent plus la raison du rassemblement. A. Kaspi remarquait que dix commémorations sont liées à la Seconde guerre mondiale…Et cette situation avec ses lourdeurs doit être reconduite chaque année, décourageant les communes.

 

Courant mars 2016, Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d'Etat chargé des Anciens combattants et de la Mémoire encourage les communes à organiser, le 29 mai, une commémoration de Verdun-Douaumont. Un instant désabusés par cette injonction, plusieurs mairies du Bergeracois décident de concentrer leurs maigres troupes sur une seule commune. Le résultat dépasse toutes les espérances. Sous la présidence de la Sous-préfète, quatorze maires portant leur écharpe tricolore accompagnent un écolier pour déposer une bougie du Souvenir au pied du monument aux Morts.

Saint-Capraise-de-Lalinde (Dordogne).

Une participation inespérée à la cérémonie organisée par le Souvenir Français 

pour le centenaire de Douaumont.

(© Souvenir Français Bergerac)


Ci-dessous la vidéo de la cérémonie qui s'est déroulée le 29 mai 2016

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